May 25, 2021 09:16 UTC
  • Hamas, est-ce le nouveau Hezbollah?

La guerre récente a-t-elle confirmé les craintes d'Israël et de l'Amérique concernant la transformation du «Hamas» en une autre version du «Hezbollah» dans la bande de Gaza? Sommes-nous d'accord en désaccord avec cet argument? Et pourquoi Netanyahu joue-t-il à nouveau avec le feu, en relançant l'assaut d'al-Aqsa et de Cheikh Jarrah ? S’interroge le rédacteur en chef de Rai Al-Youm.

Abdel Bari Atwan, analyste stratégique régional, a écrit dans un article publié dans le journal en ligne Rai al-Youm que les Israéliens faisaient de leur mieux pour dissimuler leur défaite "triple facette" à Gaza.

« Avec tout leur potentiel, ils cherchent un moyen de montrer leur victoire par de nouvelles attaques et démonstration de force dans la mosquée al-Aqsa et par l’intimidation des habitants sans défense du quartier de Cheikh Jarrah de Qods occupée. Un vrai jeu avec le feu qui reflète la confusion et la panique, qui aura des conséquences néfastes fatales, dont la plus importante est la « révolution » de la Cisjordanie et l'escalade de la tension anti-israélienne du peuple dans les territoires occupés de 1948. En outre, ces mesures pourraient réactiver les flammes de l’Intifada de missiles dans la bande de Gaza », a souligné Atwan.

Selon l’article, ce que les Israéliens et les commandants des établissements militaires du régime sioniste ne voient pas, à la lumière de l’échec et de la défaite dans lesquels ils vivent, ce sont les changements radicaux qui ont eu lieu dans les règles du conflit que la récente guerre a révélées.

« De même, la Résistance palestinienne a acquis de nouvelles armes, elle a réalisé une gestion intelligente et avancée de l'espace de conflit dans les dimensions militaire et politique et elle sait comment mobiliser l'opinion publique mondiale en faveur de la cause palestinienne », a-t-il ajouté.

Tir de roquettes depuis Gaza. (Photo d'archives)

Selon le rapport, le régime sioniste était déjà entré en guerre dans la bande de Gaza à trois reprises. La guerre de 2008 était une guerre unilatérale sans lancement de missiles, sans tir de Kornet et sans disponibilité des groupes de résistance. La deuxième guerre a eu lieu en 2012 et des missiles à impact limité ont été tirés sur l’ennemi sioniste.

La troisième guerre, qui a eu lieu en 2014, a duré 55 jours, au cours desquels le mythe de l’invincibilité du char Merkava a été brisé et les missiles de la Résistance ont atteint les colonies aux alentours de la bande de Gaza. Cependant, la quatrième guerre, a été totalement différente et destructrice, paralysant complètement le régime occupant. En onze jours, des missiles de la Résistance (4 360 missiles) ont été tirés sur 75% du territoire palestinien occupé.

La décision du gouvernement égyptien d’inciter les États-Unis et Israël à fermer les tunnels de la bande de Gaza ont été le plus grand cadeau à la Résistance, dont le Hamas et le Jihad islamique, car après cela, ils ont compté sur leurs propres capacités et ont utilisé des sources locales, y compris des tuyaux et les débris de missiles israéliens, pour en fabriquer d’autres. Ils ont également extrait des explosifs de navires britanniques coulés en mer depuis la Première Guerre mondiale pour augmenter la portée de leurs missiles à plus de 250 km (missiles Ayyash) avec des ogives de 200 kg.

« Ce qui inquiète le plus Israël et ses soutiens occidentaux pendant cette période, c'est que la reconstruction éventuelle et l'arrivée de ciment et de matériel donneront au Hamas l’occasion de réparer et d’élargir certains des tunnels détruits pendant la guerre. Par conséquent, ils demandent à leurs alliés arabes de suivre de près ce processus. L’annonce d'un cessez-le-feu ne visait pas à sauver la vie des habitants de la bande de Gaza, mais à sauver les Israéliens qui ne peuvent plus tenir dans des guerres à long terme », précise Rai Al-Youm.

« De nouvelles théories, en particulier après l'annonce du cessez-le-feu, ont été avancées selon lesquelles le mouvement Hamas est en train de devenir un petit exemple du Hezbollah dans le sud du Liban, et que ses responsables dans la bande de Gaza se comportent exactement comme Seyyed Hassan Nasrallah. Je veux dire les trois figures principales, al-Daif, al-Sinwar et Issa. Nous reconnaissons que cette comparaison est correcte et que le Hezbollah est devenu une académie et une puissance modèle qui a vaincu à deux reprises Israël et libéré le sud du Liban. Bien entendu, il existe des différences fondamentales à cet égard ; la plus importante étant l’absence de divisions religieuses et sectaires dans la bande de Gaza. Le deuxième point est que le Hamas contrôle pleinement la bande de Gaza, et le troisième point est que le mouvement a conclu des alliances politiques ou militaires avec d'autres partis et n'est pas confronté à une crise monétaire », indique Abdel Abri Atwan.

« À cet égard, Ismail Haniyeh n'a pas hésité à remercier l'Iran et à reconnaître son rôle de soutien à la Résistance en lui fournissant des missiles et des secrets militaires, et Yahya al-Sinwar, le commandant militaire de ces forces, a mentionné Qods comme la destination finale de la Résistance », a-t-il ajouté.

Le chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh (Photo d'archives)

« Le nouveau discours du mouvement Hamas n'est pas un discours sectaire et religieux, mais un discours nationaliste et arabe, nous ne sommes donc pas surpris de voir le mouvement Hamas réagir au message de félicitations du président syrien Bachar al-Assad et remercier  la Syrie pour son rôle de soutien à la Résistance. Cela signifie que le retour du Hamas à Damas est imminent et que le mouvement ignore les critiques des groupes extrémistes et salafistes », note l’article.

Atwan poursuit son article en soulignant qu'il n'est pas en désaccord avec bon nombre de points de vue qui mettent en garde contre la fragilité de la trêve actuelle, ni avec les opinions qui mettent en garde contre le respect des promesses israéliennes et américaines et contre les engagements pris pour reconstruire la bande de Gaza qui impliquent des milliards de dollars, car les promesses du même genre ont été faites après l'agression de 2014, mais aucune d'entre elles ne s'est réalisée ; les 86 000 maisons détruites à Gaza et en Palestine en sont la preuve.

En outre, les responsables du régime sioniste, qui ont fait face aux protestations de leurs citoyens contre la défaite dans cette guerre, sont à la recherche d’un exploit pour proclamer la victoire et maintenir leur réputation face à une opinion publique en colère.

« Néanmoins, nous croyons à la foi aux héros de la Résistance et à leur engagement. Les dépôts de la Résistance sont toujours remplis de missiles et de sous-marins, sans oublier les forces volontaires et de nombreuses autres surprises », précise Rai Al-Youm.

Le commandant palestinien Sinwar a bien défié le général Benny Gantz, ministre israélien des Affaires militaires, qui a tenté à deux reprises de l'assassiner au cours des derniers jours de la guerre, mais a échoué de manière humiliante ; Sinwar ayant apparu dans les rues de Gaza avec seulement trois gardes du corps pour serrer la main des gens simples, les embrasser et se joindre à eux  pour la célébration de la victoire. Cela reflète d’un côté les conséquences de la confrontation israélo-palestinienne et de l’autre, la différence entre les dirigeants palestiniens et israéliens.

 

Mots clés