Jun 10, 2021 17:55 UTC
  • La marine iranienne en Atlantique!

L'Iran travaille-t-il à étendre son A2/AD jusqu'aux Caraïbes? Le commandant en chef adjoint de l'armée iranienne vient de l'annoncer : un groupe naval iranien est entré pour la première fois dans l'océan Atlantique sans escale.

« La 77e flotte navale stratégique de la Marine iranienne qui comprend le navire-base militaire Makran et le destroyer Sahand est entrée dans l'océan Atlantique », a déclaré ce jeudi devant un parterre de journalistes le commandant en chef adjoint de l'armée iranienne pour les affaires de coordination, le contre-amiral Habibollah Sayyari.

Il a affirmé que le porte-hélicoptère Makran et le destroyer Sahand sont arrivés dans l'océan Atlantique pour la première fois sans aucune escale dans d'autres pays, signe « d'un tournant » pour la marine iranienne qui entend « manifester son autorité dans les eaux internationales ».« La semaine dernière, les deux navires ont contourné le cap de Bonne-Espérance en direction de l'océan Atlantique », a- t- il dit avant d'ajouter que la flotte « est actuellement dans l'océan Atlantique, parcourant 6 000 milles marins (près de 12 000 kilomètres) après 30 jours de navigation ».

« Ces dernières années, les forces navales iraniennes ont accru leur présence dans les eaux internationales pour sécuriser les routes navales et protéger les navires marchands et les pétroliers contre les pirates », a-t-il expliqué. Un constat qui renvoie effectivement à ce corridor naval reliant l'Iran aux Caraïbes et par où est transité l'essence iranien vers le Vénézuela. Le contre-amiral a souligné que la présence en haute mer de flottes navales iranienne, qui « inquiète l'US Navy selon les dires du porte-parole du Pentagone, Kirby, lequel affirme même avoir à l'oeil Makran et Sahand », est en vertu du droit maritime international. « La mission de la Marine stratégique de l'armée iranienne est de défendre les frontières maritimes et de protéger les ressources et les intérêts de la République islamique d'Iran en mer. Ces dernières années, les navires iraniens ont traversé le golfe d'Aden, Bab el-Mandeb, la mer Rouge, la mer Méditerranée et le détroit de Gibraltar pour atteindre l’Ouest ». 

C'est clair et net : l'Iran est prêt à aller jusqu'au bout pour sauvegarder ses intérêts qui croient ceux de ses alliés. En effet le choix d'envoyer Makran et de Sahand avec tous les équipements qu'ils ont à bord, vedettes rapides, missiles de croisière et torpilles entre autres est loin d'être anodin, quand on sait que des États entiers, latino-américains tout comme ouest-africains partagent de larges côtes avec cet océan, États dont certains ont pris part de prêts et de loins à ce corridor maritime anti-sanction US et aidé à ce que l'essence iranien arrive aux Caraïbes : le Sénégal, le Gabon..., entre autres dont la ligne politique tend à s'écarter de celle de l'axe US/OTAN, pour se focaliser davantage sur des forces nationales. L'idée d'un centre de commandement US en Afrique avec son siège au Sénégal n'a jamais marché, les Sénégalais faisant tout pour bloquer l'action US. Plus d'un analyste voit meme à travers le bilan du président Sall un net penchant pour l'armée sénégalaise. Et si les États ouest africains s'intéressaient à ce qui a permis à l'Iran d'avoir un A2/AD à toute épreuve, propre à pousser le commandant en chef du CentCom à l'aveu suivant : l'US Air Force ne peut rien face aux drones iraniens ? Makran a à son bord tout ce qu'il faut pour.
 
L’Iran est désormais un grand producteur de missiles de croisière, de missiles balistiques et de missiles de précision au monde. La palette de missiles est riche; Chahab, Fateh-110, Qiam, Zelzal à sous-munitions, Fateh-313, Zolfaqar, Hormoz, Ghadr, Emad, Sajil, Khorramchahr, Dezfoul, Fateh Mobin et Raad-500 sont les missiles balistiques exportés. Parmi les missiles de croisière figurent Hoveyzeh, Nasr et Qassed-3. Puis, l’industrie de défense iranienne a réussi à produire localement des sous-marins baptisés Ghadir et Fateh et qui ont chacun leurs propres caractéristiques et sont capables de rivaliser avec des modèles étrangers. Dans le domaine des navires de surface, l’Iran possède Sahand, Jamaran et Damavand, capables de mener des missions de surface, anti-surface, anti-sous-marines et antiaériennes. Le destroyer Sahand peut transporter des hélicoptères et naviguer à une vitesse élevée. Et puis les drones iraniens, Chahed, Mohajer, Ababil, Kaman-12, Khodkar et Karar ou même les avions que l'Iran conçoit en dépit des sanctions. Pour un État africain en quête d'indépendance militaire, la différence d'une arme iranienne avec une arme euro amériacine est celle-ci : l'Iran n'est pas un marchand d'arme, mais un  vendeur d'indépendance : il exporte le savoir-faire à ses alliés. L'alliance militaire avec l'Iran intéresse déjà le Venezuela ; elle pourrait intéresser aussi l'Afrique. Cela s'appelle A2/AD anti-colonialiste, anti-impérialiste partagée. 
 

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