Oct 18, 2021 18:30 UTC
  • Les Su-35 en route pour l'Iran?

« Avec la Russie, nous avons des accords d’achat d’équipements militaires de l’après-boycott d’armements, à propos desquels nous allons discuter avec la partie russe au cours de cette visite », a affirmé le chef d’état-major des forces armées iraniennes qui vient d’arriver ce lundi 18 août à Moscou.

Faisant allusion à la coopération bilatérale entre les forces armées iraniennes et russes, « une coopération qui s’est développée ces dernières années », le chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général de division Mohammad Baqeri, est entré par la suite dans les détails des sujets prévus au menu de ses entretiens au cours de cette visite qui se fait « à l’invitation du ministre russe de la Défense », notamment, « les questions d’intérêt commun et l’Afghanistan ».

« L’Afghanistan fait certainement partie de nos sujets de discussion avec les Russes, étant donné que les évolutions en cours en Afghanistan ont un impact dans des pays de la région, dont l’Iran et la Fédération de Russie », a-t-il indiqué.

Au sujet de la coopération défensive des deux pays après l’expiration du boycott sur les armements imposé à l’Iran, le général de division Baqeri a précisé : « Nous avons eu et avons toujours des coopérations bilatérales, en termes d’entraînement, compétitions militaires, échange d’expériences et industries militaires avec la Russie, à quoi s’ajoutent des efforts conjoints pour faire parvenir la sécurité en Syrie. »

Le chef d’état-major des forces armées iraniennes a rappelé que cette visite s’effectuait au début du mandat du nouveau gouvernement iranien, marqué par le regard particulier que porte le président Raïssi à l’Est et aux pays asiatiques. « De même, le membership, en tant que membre à part entière, de l’Iran au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai est un événement important qui agira en faveur de l’élargissement des liens bilatéraux entre la RII et la Russie », a-t-il ajouté.

Le général de division Baqeri est arrivé ce lundi à l’aéroport international de Vnoukovo de Moscou où il a été accueilli pas le chef d’état-major adjoint des forces armées de la Fédération de Russie, le colonel-général Sergueï Istrakov et de plusieurs généraux hauts gradés de l’armée russe. L’ambassadeur d’Iran à Moscou Kazem Jalali et des directeurs de certaines institutions iraniennes basées à Moscou ont également participé à cette cérémonie d’accueil officiel réservé au chef d’état-major des forces armées iraniennes.

Pour rappel, avant de prendre l’avion à destination de Moscou, le chef d’état-major iranien a effectué une visite à Islamabad. L’Iran proposera-t-il une coopération tripartite avec la Russie et le Pakistan, alors que les chiites viennent de faire l’objet actuellement de massacres sans précédent, surtout en Afghanistan voisin aux prises avec le vide sécuritaire ? Cette perspective est plausible d’autant plus que l’Afghanistan figurait en plein centre des entretiens du général Baqeri avec des responsables politiques et militaires pakistanais.

En effet, l’Afghanistan se trouve actuellement devant un dilemme sur le plan sécuritaire. Une voie consiste à préserver l’équation sécuritaire telle qu’elle fut auparavant, que ce soit au cours des cinq années de gouvernance des talibans ou pendant les 20 dernières années. Cette équation sécuritaire assure effectivement la poursuite de la mainmise américaine par Saoudiens et Pakistanais interposés. Il s’agit pourtant d’une équation sécuritaire échouée pour le moment qu’on ne pourrait pas facilement reconstituer. Les forces américaines, principal facteur de cette donne sécuritaire, ont quitté l’Afghanistan de la pire des manières, tandis que la mainmise pakistanaise sur le gouvernement afghan a été, elle aussi, dans une certaine mesure brisée, et l’influence saoudienne aussi s’est quant à elle affaiblie. Les talibans vont-ils répéter une expérience à l’échec garanti ? Rien n’est moins sûr.

Mais il y a aussi une deuxième voie, en ce sens que le nouveau gouvernement de Kaboul pourrait créer une nouvelle équation sécuritaire, avec, au niveau régional, les pays voisins du nord et de l’ouest de l’Afghanistan, et au niveau international, en y intégrant la Chine et la Russie, afin que le pays puisse retrouver la stabilité. En outre, l’expérience montre qu’une nouvelle alliance ou donne sécuritaire, composée de l’Afghanistan, plus l’Iran, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, la Russie et la Chine, pourrait ne pas être une structure exhaustive et de ce fait, aura la possibilité d’attirer la coopération des autres pays de la région ; contrairement à l’équation sécuritaire saoudo-pakistano-américaine, qui, par nature, devait replier sur soi-même. C’est d’ailleurs le cadre idéal où un groupe terroriste tel que Daech retrouve son rôle. Daech organise des attentats et explosions, Daech tue, non pas pour créer une nouvelle structure sécuritaire qui favorise les intérêts de ses maîtres, mais juste pour empêcher que la situation change en défaveur de ses maîtres. Autrement dit, Daech s’est introduit sur la scène sécuritaire afghane, en tant que supplétif des États-Unis, de l’Arabie saoudite et du Pakistan. Ceci étant dit, la mission de Daech consiste, soit, à entraver par ses agissements la conception de la nouvelle sphère de sécurité, soit à en alourdir les coûts, afin qu’aucune nouvelle alliance sécuritaire régionale ne puisse voir le jour, sauf au niveau le plus faible qu’on puisse imaginer.

Ces circonstances exigent que le nouveau gouvernement afghan, conscient plus que jamais des objectifs hostiles de l’axe américain, applique la tolérance zéro face aux terroristes et arrête de tuer le temps. Le nouveau gouvernement afghan est censé savoir que les coûts des actes terroristes contre les chiites n’impliquent pas seulement la RII et les chiites de la région.

Pour sa part, la RII pourra contribuer à la formation de la nouvelle structure sécuritaire et militaire en Afghanistan en essayant d’en accélérer le processus, puisque le vide sécuritaire touchant l’Afghanistan et surtout les chiites afghans, ne sera comblé, et les intérêts communs irano-afghans ne seront assurés, sans procéder à des mesures stratégiques.

 

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