Jun 29, 2022 19:27 UTC
  • Ukraine: le prochain pas de Poutine?

Avec la chute, la semaine dernière, de Severodonetsk que pourrait penser le président russe Vladimir Poutine de la guerre en Ukraine, des conséquences de sa politique vis-à-vis des États-Unis, de l’OTAN et de l’Union européenne et de ses prochaines étapes ?

Etant donné que l’Occident a toujours saisi bien trop tard la profondeur du ressentiment de Poutine à son égard, peut-on dire que les États-Unis et l’OTAN surestiment la capacité de résistance de l’Ukraine tout comme ils sous-estiment la détermination de Moscou à persister et à l’emporter dans cette guerre ? Supposons que Poutine pense qu’il a l’avantage non seulement sur l’Ukraine, mais aussi sur les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne...

Dans un article publié sur le site d’information américain The Hill, Herlan Ullman, président du groupe de conseillers politiques et stratégiques Killowen, basé à Washington D.C., s’interroge sur les avantages stratégiques, économiques, tactiques et militaires que la Russie pourrait avoir sur ses adversaires.

Ullman écrit :

« Premièrement, Poutine a la taille et la quantité de son armée dans la guerre contre l’Ukraine. Peu importe à quel point la résistance ukrainienne a été héroïque, elle n’est pas infinie, d’autant plus que les pertes augmentent et que les stocks d’armes et de logistique des Ukrainiens s’épuisent. Deuxièmement, Poutine voit sans doute, à tort ou à raison, les faiblesses et les failles de l’alliance occidentale qui, avec le temps, ne seront pas contenues et pourront être exploitées. Dans ce contexte, l’énergie et la nourriture seront exploitées pour diviser l’alliance. L’Europe est dépendante du gaz et du pétrole russes. Et le coût de l’essence en Amérique, en supposant qu’il restera élevé, est un énorme problème pour le président Biden et son soutien interne, exacerbé par une inflation croissante qui pourrait contraindre un consensus à plus long terme à allouer plusieurs milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine. 
 

À propos de la nourriture, comme la Russie l’a appris lors de son engagement en Syrie, la migration peut être une arme puissante. Avec une famine mondiale massive et de pénuries alimentaires, les implications pour la migration sont évidentes. Avec 5 millions d’Ukrainiens déplacés et un nombre important de personnes cherchant refuge en Pologne, en Roumanie et ailleurs, la famine poussera de plus en plus de personnes à trouver sécurité et subsistance en Europe et aux États-Unis. L’Occident pourrait ne pas être en mesure de gérer cela.

Herlan Ullman ajoute :

« Troisièmement, Poutine voit que les États-Unis ont été contraints de planifier une guerre sur deux fronts, dirigée contre la Russie et la Chine. Poutine apprécie pleinement la folie d’une telle stratégie. Napoléon et Hitler ont finalement été vaincus en se lançant dans des guerres sur deux fronts, envahissant la Russie en 1812 (Napoléon) et l’URSS en 1941 (Hitler). La Chine est alors un atout stratégique ainsi qu’un marché pour l’énergie russe pour contourner les sanctions et obliger les États-Unis à diluer leurs ressources en devant faire face à deux adversaires majeurs à l’autre bout du monde. Quatrièmement, la Russie considère probablement les divisions en Amérique sur pratiquement toutes les questions comme des contraintes supplémentaires à son pouvoir et à sa capacité à influencer les événements. Bien qu’il ne suive peut-être pas les deux décisions de la Cour suprême de la semaine dernière, l’une renvoyant la question de l’avortement aux États et l’autre permettant aux Américains le droit de porter des armes à feu, le système politique américain semble bloqué et incapable de fonctionner. Cinquièmement, Poutine a d’autres leviers. La réaction russe à la décision de la Lituanie d’imposer des sanctions de l’Union européenne à la Russie en bloquant certains biens et services à Kaliningrad, l’enclave russe dans la région balte, en est un. L’Union européenne peut résoudre ce problème. Mais les menaces militaires implicites de la Russie ont déjà provoqué de vives réactions dans les pays baltes. »
 

Par ailleurs, le Premier ministre estonien Kaja Kallas a déclaré que la stratégie de l’OTAN pour défendre son pays pourrait « rayer de la carte » son pays. Poutine utilisera le principal et unique avantage militaire de la Russie sur l’OTAN –la supériorité numérique dans les armes nucléaires à courte portée– éventuellement pour annoncer publiquement qu’il en stationnerait davantage à Kaliningrad en tant qu’épée de Damoclès pour menacer et diviser l’OTAN.

Le sommet de l’OTAN à Madrid a lieu cette semaine. L’OTAN annoncera son nouveau concept stratégique qui a entamé une refonte majeure le lendemain de la guerre en Ukraine, le 24 février. La défense avancée, stationnant principalement davantage de forces de l’OTAN dans les pays baltes et les flancs nord et sud pour dissuader la Russie, sera présentée. Mais ce concept contrecarrera-t-il ce que Poutine considère comme ses avantages ?
 

Herlan Ullman écrit : « A moins que l’Occident ne comprenne pourquoi Poutine pense que le temps est de son côté et agit pour inverser cette perception, il est difficile d’être optimiste quant aux chances d’une contre-stratégie viable de l’Occident. »

 

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