Jul 03, 2022 19:10 UTC
  • OTAN anti-Chine: la riposte chinoise?

Le dernier sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’est tenu fin juin à Madrid, capitale espagnole, au menu : l’opération militaire spéciale russe en Ukraine, la demande de la Finlande et de la Suède d’adhérer à l’OTAN et l’invitation officielle de l’OTAN à ces deux pays.

Mais, la présence des dirigeants du Japon, de la Corée du Sud, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie à cette réunion fut un phénomène nouveau du jamais vu dans toute l’histoire de l’OTAN. En effet, ces pays y ont participé à la demande des États-Unis qui cherchent non seulement à établir des relations avec des pays en dehors de la zone définie par l’OTAN, mais poursuivent également leur programme de l’otanisation en Asie de l’Est.

À l’heure qu’il est, il est impossible de déterminer si l’objectif de Washington est d’étendre l’OTAN elle-même en Asie de l’Est ou qu’il entend y créer une organisation similaire à celle-ci. Quoi qu’il en soit, le défi lié à l’élargissement de l’OTAN vers l’Asie de l’Est et l’adhésion des pays de la région Indo-Pacifique n’est pas seulement dû à des oppositions extérieures, mais aux graves désaccords au sein des membres de l’OTAN en particulier ceux les plus éminents.

À titre d’exemple, la ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss, a évoqué fin avril la « vision globale » de l’OTAN ainsi que ses missions de dissuader les menaces préventives dans l’océan indopacifique et de veiller à ce que des « démocraties » comme Taïwan puissent « se défendre » alors que l’approche de l’Allemagne et de la France va complètement à l’encontre de l’expansion de l’OTAN vers la région indopacifique. Angela Merkel, l’ancienne chancelière allemande, a défendu tout au cours des 16 années où elle a été au pouvoir, la stratégie selon laquelle la Chine est à la fois un concurrent et partenaire de l’Union européenne de même que le président français Emmanuel Macron a souligné à plusieurs reprises que la priorité de l’OTAN était la région euroatlantique et non les enjeux de la région indopacifique.
 

Cependant, les États-Unis ont besoin de l’OTAN dans la région indopacifique pour contrer efficacement la Chine. Pour se faire, Washington a jusqu’à présent mis en place des mécanismes tels que le dialogue quadrilatéral États-Unis-Inde-Japon-Australie connu sous le nom de Quad et est allé jusqu’à s’en prendre à la France en mettant en place des mécanismes tels que l’accord de sécurité trilatéral États-Unis–Royaume-Uni-Australie connu sous le nom d’AUKUS.

Or, ces mécanismes n’ont aucun l’ampleur de l’OTAN et manquent quelque chose de similaire à l’article 5 de l’OTAN qui stipule la garantie de la sécurité collective des membres de ces mécanismes. Dans ce droit fil, pas l’AUKUS ni le Quad, mais la structure de l’OTAN et ses décennies d’expérience sont sans aucun doute ce dont les États-Unis ont besoin pour atteindre leurs objectifs dans la région indopacifique. D’où la participation des quatre pays en tant que membres observateurs de l’OTAN au sommet de Madrid à l’invitation des États-Unis.
 

Ce que l’Amérique envisage à ce stade, c’est une plus grande participation des pays précités à la structure de l’OTAN suite à la présence de leurs dirigeants aux réunions de l’OTAN et aux négociations avec les dirigeants des pays membres de l’OTAN. De sorte que la coopération entre eux conduise à l’otanisation progressive de la région indopacifique.

Déjà, Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, s’est dit préoccupé par l’expansion de l’influence de l’OTAN vers la région Asie-Pacifique, Pékin essayant, jusqu’à présent, de contrer les mécanismes l’AUKUS et le Quad par des programmes tels que l’Initiative de sécurité globale (GSI).

Il ne fait aucun doute que la Chine considère la présence du Japon, de la Corée du Sud, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie au sommet de l’OTAN à la demande des États-Unis comme une menace directe contre sa sécurité nationale bien plus grave que les mécanismes l’AUKUS et le Quad. De nouvelles dispositions en matière de sécurité sont désormais nécessaires pour que la Chine puisse contrecarrer l’influence de l’OTAN dans la région indopacifique.

 

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