Apr 15, 2021 16:53 UTC
  • Ukraine: Coup gagnant de Poutine?

Décidément le méga déploiement des forces russes aux portes de l'Ukraine avec quelques 40 000 à 75 000 soldats, dotés des armes les plus mortelles de l'arsenal russe aura été de nature à dissuader les Américains, au moins momentanément.

Les États-Unis ont annulé le déploiement prévu cette semaine de deux navires de guerre en mer Noire, si on en croit Anadolu, agence de presse turque qui reflète les politiques d'une Turquie entièrement acquise à la cause de l'Ukraine, et partant à celle d'une "Crimée ukrainienne".

Anadolu affirme que les deux déploiements US, prévus mercredi et jeudi, ont été annulés, Ankara n'étant pas encore informé d'un éventuel report. La semaine dernière, la Turquie a annoncé qu'elle avait été informée par la voie diplomatique que deux navires de guerre américains "passeraient vers la mer Noire" et resteraient dans la région jusqu'au 4 mai. Washington est tenu à donner à Ankara un préavis d'au moins 15 jours avant d'envoyer des navires de guerre à travers le détroit du Bosphore et des Dardanelles aux termes de la Convention de Montreux de 1936.

Les termes du traité permettent aux navires de guerre étrangers de rester en mer Noire pendant 21 jours. Évidemment Anadolu établit un lien de fait et cause entre cette marche arrière US d'une part et le coup de file US-Russie de l'autre, Joe Biden ayant demandé par téléphone un sommet avec son homologue russe Vladimir Poutine. Biden a proposé en effet un sommet avec Poutine dans un pays neutre et a appelé la Russie à "désamorcer les tensions", sans toutefois aller jusqu'à s'excuser de l'avoir traité de "tueur". Plus d'un analyste estime toutefois que l'US Army qui vient d'annoncer être totalement disponible à armer l'armée ukrainienne en cas de guerre avec la Russie, a d'autre motivations qui expliqueraient ce demi retrait. 

Par exemple, les navires de guerre de la marine russe viennent d'être déployés "en formation de combat " au large des côtes norvégiennes en représailles aux provocations des États membres de l'OTAN et ils y mènent aussi des tirs d'artillerie. 

Les forces de la flotte du Nord continuent à multiplier des exercices et des activités d'entraînement au combat liés à l'utilisation pratique des systèmes d'artillerie de leurs navires de surface, dont l'un sera la frégate Admiral Kasatonov, rentrant chez elle après son premier long voyage en mer Méditerranée. Puis la Russie commence à mener activement des exercices militaires près des frontières des pays membres de l'OTAN, ce qui indique que la partie russe commence s'opposer activement aux provocations de l'OTAN et au renforcement des forces de l'Alliance près des frontières russes.

Mais cette marche arrière renverrait également à l'arsenal présent : des armes destructrices ont été déployées le long de la frontière avec l'Ukraine; ces armements suffisent non seulement à réprimer les forces armées ukrainiennes mais aussi leurs alliés otaniens. De quelle arme s'agit-il? Des bataillons de chars mais aussi un bataillon 2S3 Akatsia (canons automoteurs de 152 mm) et deux bataillons 2S19 Msta-S (canons automoteurs de 152 mm), peut-être une batterie Msta-B (remorquée Obusier de 152 mm), batterie MLRS BM-27 "Uragan", batterie TOS-1A "Solntsepёk", 1-2 compagnies de fusiliers motorisés avec des véhicules de combat d'infanterie, des transporteurs pour chars. 

Pour la Russie une guerre contre l'Ukraine, si elle éclate, ne raserait pas confinée aux seules frontières orientales et elle a toutes les raisons du monde d’affecter le territoire nationale. D'où sans doute la décision d'installer un réseau de stations radar "Resonance-N" dans l'Arctique, et cinq radars de ce type y opérant d'ici la fin de l'année. Selon les données disponibles, d'ici la fin du deuxième trimestre de cette année, la station radar déployée sur Novaya Zemlya en 2019 sera mise en alerte, deux autres stations seront allumées d'ici la fin de l'année - la quatrième à Zapolyarny et le cinquième à Gremikha. Les premier et deuxième radars sont déjà en alerte dans les zones du peuplement d'Indiga et de la péninsule de Kanin Nos. Il est indiqué que la station radar de Zapolyarny, installée à 30 km de la frontière avec la Norvège, assurera un contrôle total sur les territoires septentrionaux de la Norvège et de la Finlande. L'ensemble du réseau de la station radar «Résonance», réparti dans l'Arctique, couvrira la direction nord.

Mais une guerre avec l'Ukraine demande-t-elle autant d'armes déployées? Bien sûr que non; Il s'agit d'une tactique bien russe de dissuasion de l'ennemi. Cet étalage d'armes et de munitions de très haute gamme est propre à donner à réfléchir aux Américains et à leurs alliés et d’ailleurs il semblerait qu’il commence à porter ses fruits.

Biden et Merkel, ont appelé mercredi 14 avril à l’issu d’un entretien téléphonique, la Russie à réduire ses troupes à la frontière ukrainienne, le but, ont-ils dit de permettre « une désescalade » de la situation. La Maison Blanche a également souligné dans un communiqué que « les dirigeants ont exprimé leur inquiétude à propos de l’accumulation de troupes russes aux frontières de l’Ukraine et en Crimée occupée, et ont réaffirmé leur soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Affirmation contradictoire car si telle est la politique de la Maison Blanche, Biden n’aurait dû ni renoncé à envoyer ses navires en mer Noire ni appeler à une désescalade. La vérité est que la guerre, principale fond de commerce US-OTAN est diificile et coûteuse à mener et que surtout impossible à gagner. A trop pousser Kiev, l’Occident risque de perdre le Donbass, note un analyste.

 

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