Aug 04, 2021 18:32 UTC
  • Afghanistan: le choc sino-iranien?

En Afghanistan, les Américains semblent de plus en plus s'éloigner de leur plan originel. Alors qu'ils ont fait semblant de s'en retirer pour y déclencher une guerre confessionnelle propre à toucher l'Iran la Chine et la Russie, l'axe Iran-Chine est sur le point de tirer le tapis sous les pieds US. Comment?

Peu de gens dans les capitales du Moyen-Orient, et dans le monde arabe en particulier, se sont penchés sur la visite de la délégation des talibans en Chine, lesquels ont promis aux dirigeants chinois qu'ils resteraient dans leur tranchée et qu’ils ne permettront pas à l'Amérique de faire de leur pays une plate-forme pour déstabiliser la Chine, et ce, par la porte de la minorité turkmène musulmane, c'est-à-dire les Ouïghours. La prochaine guerre USA/Chine, qu'elle soit directe ou par procuration, aura-t-elle lieu sur le sol afghan? 

En effet, lorsque le président chinois Xi Jinping a appelé il y a deux jours à la nécessité de se concentrer fortement sur le développement des capacités de l'Armée populaire de libération de la Chine pour la préparer à un long conflit militaire à la lumière des menaces croissantes auxquelles le pays est confronté, il faisait référence aux préparatifs américains en cours pour activer ce front afghan, ainsi que d'autres fronts. L'administration Biden estime que la confrontation avec la Chine est une priorité absolue pour sa sécurité nationale, et elle adopte la même stratégie définie par Trump, avec une différence fondamentale : Biden ne veut pas que son pays porte seul ce fardeau et forme une alliance quadripartite comprenant l'Inde, l'Australie, le Japon, la Corée du Sud, avec une mini-OTAN basée en Asie de l'Est. L'Afghanistan tire son importance de sa frontière commune avec le Turkménistan oriental (les Ouïghours), large de 75 km à l'ouest de la Chine. Washington espère en faire un nouveau point de départ pour la deuxième édition de la mission contre la Chine, selon les informations américaines divulguées sur les caractéristiques de la guerre à venir.

Cela n'empêche pas que la mer de Chine méridionale, très fréquentée aujourd'hui par les porte-avions américains (dont le dernier est le porte-avions Ronald Reagan, NDLR), et qui constitue un point de friction, ne soit pas l'autre front du conflit à venir. La direction chinoise cherche actuellement à former une alliance quadripartite ou quinquennale, pour affronter l'alliance américaine, et cette alliance comprend la Russie, l'Iran et la Corée du Nord, ainsi que le Pakistan, générateur des talibans, qui devrait jouer un rôle majeur aux côtés de la Chine dans toute guerre future. L'armée chinoise occupe la troisième place après ses homologues américaine et russe sur la liste des armées les plus puissantes du monde. Elle est désormais équipée de 350 têtes nucléaires, 48 ​​sous-marins, des milliers d'hélicoptères, de drones et de missiles.

Ce qui inquiète le plus Washington ces jours-ci, ce sont alors six points fondamentaux : Le développement d'escadrons d'avions sans pilote chinois (drones), notamment de kamikazes, qui se coordonnent entre eux sans intervention humaine, selon le déroulement des combats. Puis, la Chine a dépensé des milliards de dollars pour développer des missiles qui dépassent de plus de 20 fois la vitesse du son, lui permettant d'atteindre des cibles à des centaines de kilomètres de distance en quelques secondes seulement et qu'elle entrepose dans des silos sous terrains. Ensuite, la production de graphène qui est 200 fois plus résistant que l'acier et actuellement utilisé pour peindre des missiles balistiques, des chars, des véhicules blindés et des boucliers de protection pour les soldats, les hélicoptères géants Z10, les bombardiers et les avions de chasse. Les dirigeants chinois augmenteront aussi le budget militaire de 6,8% cette année pour atteindre 1 400 milliards de yuans (217 milliards de dollars), et il est prévu de l'augmenter du même pourcentage ou plus au cours des prochaines années. Ainsi, les dépenses militaires chinoises sont les plus élevées du monde après celles des États-Unis. En cinquième lieu, le modèle chinois de « dictature de la technologie », c'est-à-dire l'utilisation de la technologie moderne pour l'espionnage, la collecte d'informations et le contrôle de la population. Washington cherche actuellement par tous les moyens à empêcher la propagation de ce modèle, qui est à l'image de la suprématie chinoise.

Et enfin donner aux sanctions américaines sur les importations et les entreprises chinoises des résultats contre-productifs, pousser la Chine à se reposer sur elle-même, à fabriquer localement des alternatives aux produits américains et à devenir autonome, à l'instar de ce que l'Iran a fait au cours des trente dernières années. Trois premiers des six points précités inquiètent encore plus les Américains car il y aurait un entrecroisement de méthode et de tactique sino-iraniennes. La Chine est une puissance mondiale montante à la vitesse du son. Mais elle a aussi l’intelligence de suivre de près l’unique front de combat réel qui existe contre les États-Unis à savoir celui de la Résistance. Les tensions dans le golfe Persique, celles à Gaza, au Liban et en Syrie contre les Américains, lui servent de leçon et l'aident à faire une idée de sa propre guerre contre l'Amérique. Depuis la bataille de Gaza, Pékin joue carrément sur le terrain de la Résistance. C'est un point qui pourrait s'avérer fatal aux Américains en Afghanistan. 

 

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