Aug 05, 2021 15:57 UTC
  • L'offensive militaire US contre la Turquie!

Alors que l’hypothèse d’« incendies volontaires » dans les forêts de Turquie fait polémique, le gouvernement d’Ankara subit une vague de protestation et de critiques sur la façon dont les actions de lutte contre les feux de forêt sont gérées.

Le 28 juillet, des incendies de forêt se sont déclarés dans plusieurs districts du sud et du sud-ouest de la Turquie, notamment à Antalya, Adana, Mersin, Mugla, Osmaniye, qui ont été placés en « zones sinistrées » par le président turc Recep Tayyip Erdogan. Les opérations de lutte contre les incendies se poursuivent pour le huitième jour consécutif malgré les initiatives du gouvernement et l’aide venant de l’étranger.

152 incendies se sont déclarés dans 32 provinces, dont 141 ont été éteints. Les opérations de lutte contre les feux de forêt dans 11 districts de 6 provinces sont toujours en cours. Le nombre de personnes ayant péri dans ces incendies est passé à huit, alors que des dizaines d’autres ont été blessées. 

La Turquie subit les pires incendies depuis au moins une décennie, selon des données officielles, avec près de 95 000 hectares brûlés en 2021, contre une moyenne de 13 516 hectares à ce stade de l’année entre 2008 et 2020.

L’Ukraine, la Russie, la République d’Azerbaïdjan, l’Espagne, la Croatie et l’Iran ont envoyé des avions-pompiers à la demande du gouvernement d’Ankara. L’Iran a envoyé le 31 juillet un bombardier d’eau Ilyushin 76 et deux hélicoptères MI 171 qui opèrent à Mugla, région voisine d’Antalya, depuis dimanche.

Avant l’annonce de l’aide de l’UE, la Turquie avait emprunté des avions auprès de la Russie, l’Ukraine, la République d’Azerbaïdjan et l’Iran. 

Les avions iraniens peuvent contenir et pulvériser jusqu’à 40 tonnes d’eau. Selon certains rapports, la capacité des réservoirs d’eau des avions européens représente environ un quart de la capacité des avions expédiés par Téhéran.

Le président Recep Tayyip Erdogan a été critiqué lorsqu’il s’est avéré que la Turquie n’avait pas d’avions bombardiers d’eau, indispensables pour maîtriser les feux en zone montagneuse.

Il a rejeté vendredi les critiques et évoqué les soupçons d’une éventuelle origine criminelle pour les incendies.

Les médias progouvernementaux ont accusé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation considérée comme terroriste par la Turquie, d’être derrière les incendies. Pourtant, les responsables gouvernementaux n’ont pas encore pris de position officielle.

Le gouvernement turc, qui depuis des années se dit être la victime du PKK, instrumentalise les incendies de forêt qui ravagent diverses parties de son territoire. Les tensions politiques entre la Turquie et les États-Unis qui apportent un total soutien au PKK alimentent les soupçons au sujet de l’implication de ces derniers dans les récents incendies.

Le chef ultranationaliste du Parti turc de la Patrie, Dogu Perincek, a catégoriquement imputé les feux de forêt aux États-Unis de par leur relation étroite avec le PKK, et déclaré qu’il ne s’agissait pas de « catastrophes naturelles », mais bien d’« un acte criminel de l’administration Biden ».

Un éminent expert militaire turc a également confirmé l’hypothèse des incendies volontaires : « Les incendies ont été déclenchés dans les forêts de Turquie de manière très ordonnée. L’apparition des incendies de manière simultanée dans huit provinces, en été et dans des zones de vent fort, prouve bien une action préméditée. Bien que The Children of Fire initiative, une branche autoproclamée du PKK, ait revendiqué un incendie dans les forêts d’Antalya, le ministre turc de l’Intérieur Suleyman Soylu a émis une réserve disant qu’il était encore trop tôt pour accuser ce groupe. « Une enquête est menée à propos des éventuels liens des incendies avec un acte de sabotage, de terrorisme ou de négligence », a-t-il affirmé lundi.

En tout état de cause, l’hypothèse d’une implication américaine dans l’éclatement et la persistance des incendies en Turquie semble être plausible, étant donné que les signes du mécontentement côté américain dans certains dossiers importants y compris les relations militaires Ankara-OTAN ont refait surface récemment ; et la Russie semble ne pas y être indifférente.

Sur fond des tensions entre Ankara et Washington, la Russie saisit l’occasion, via son ministère des Affaires étrangères, de féliciter le gouvernement turc pour ne pas avoir cédé aux pressions américaines visant à suspendre l’achat des systèmes de défense russes S-400.

Dans une interview accordée ce jeudi 5 août à RIA Novosti, M. Pilipson Yuri Valentinovich, directeur du quatrième département européen (4ED) du ministère russe des Affaires étrangères, a salué la position de la Turquie face aux États-Unis. Il existe un grand potentiel de développement de la coopération entre Moscou et Ankara, a-t-il indiqué.

Et d’ajouter : « La mise en œuvre de projets communs, principalement la fourniture du premier lot de systèmes de défense antimissile S-400 à Ankara en 2019, a montré la détermination de nos pays à renforcer leur coopération dans ce domaine. Nous apprécions la position de nos partenaires turcs qui, malgré des pressions extérieures évidentes, agissent conformément à leur priorité nationale qui est de renforcer leur défense. »

Interrogé sur le calendrier de l’achat par Ankara du deuxième cargo des S-400, il a déclaré : « Les départements concernés sont en contact les uns avec les autres… Laissez les experts travailler en paix. Il n’y a pas de quoi s’enorgueillir. »

Après des mois d’atermoiements, les États-Unis ont annoncé, le 14 décembre 2020, des sanctions contre la Turquie, membre de l'OTAN, pour avoir fait l’acquisition du système de défense aérienne russe S-400. Washington interdit désormais l’attribution de tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement, le SSB, et interdit le territoire américain à ses dirigeants.

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